mercredi 21 mars 2018

Aujourd'hui j'ai vu... la classe en cuir

Je l’ai tout de suite vu à son regard ; jamais il n’avait eu à lutter. Vraiment lutter. Lutter contre un cuir têtu et de piètre qualité, les pires. Il était quasiment allongé sur sa Harley, les bottes bien en évidence, comme en éventail. Leur cuir était abimé, rongé, usé mais ce biker avait la classe de la chausse. Moi, sur mon scooter japonais de 125 cm3, j’étais bien droit et le cuir de mes souliers, au contact du froid et de la pluie, était à nouveau en train de perdre tout son éclat. Pire, les taches blanches de l’hiver réapparaissaient. Car j’étais depuis plusieurs mois en train de livrer un combat sans merci au cuir de ces chaussures que j’avais payées un prix dantesque. Leur premier séjour sous une averse avait été fatal et les marques qui étaient apparues les avaient condamnées pendant plusieurs semaines à l’étagère de la cave. Fatigué de mes vieux godillots, j’avais quand même décidé de prendre le taureau par les cornes en achetant plusieurs crèmes et « onguents » pour leur rendre leur uniforme brillant. Frotter, reluire, frotter, reluire, frotter, reluire. Des vas et viens incessants sans plaisir pour polir et faire pénétrer. Mes crampes de poignet et de coude me revenaient en tête à côté de cet homme tout de cuir vêtu sur sa moto. Ses bottes n’avaient jamais dû être cirées, elles avaient dû affronter de nombreuses intempéries et avaient dû changer des milliers de rapports de vitesse. Et pourtant, rien ; pas de taches, seulement l'aspect patiné de la classe. Classe que, décidément, j'avais laissé en chemin.

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