dimanche 28 mai 2017

Aujourd'hui j'ai vu... une double prise d'otage chez le coiffeur


Je suis shampouiné comme jamais je ne l'ai été avec une vue imprenable sur le plafond du salon de coiffure, son immense lustre noir en fer forgé et ses spots. Ce salon est minuscule avec seulement deux professionnels : "ma" shampouineuse et le coiffeur. Lui aussi, à l'image de son salon, est petit. Il est présentement bien affairé sur les cheveux d'une femme qui semble complétement désorientée. Elle raconte s'être perdue dans Versailles à cause du brouillard. Un homme l'aurait ramenée chez elle en voiture. Le coiffeur alimente le suspense en lui rappelant qu'effectivement, il y a quelques jours, "on ne voyait pas le château à 30 mètres".

En réalité, j'ai l'impression d'être retenu en otage au shampoing pour me faire patienter jusqu'au départ de la drôlesse de plus en plus inquiète avec tout ce brouillard dans sa tête. Elle prolonge la discussion et le massage de mon cuir chevelu dure depuis maintenant 10 bonnes minutes. Je ne vais pas tarder à répondre directement à la vieille que cela fait trois fois qu'elle dit avoir déposé le chèque près du sèche-cheveux et qu'elle doit maintenant libérer "mon" coiffeur.

Mon espoir d'une coupe rapide vient d'être douchée avec l'arrivée d'une partie de la famille du coiffeur : une femme âgée, un homme et une petite fille. Ambiance glacée dès leur entrée à partir de l'instant où le coiffeur demande à prendre la petite dans ses bras et où l'homme (son gendre visiblement) refuse. Le regard toujours fixé au plafond, j'aperçois le sourire tendu de ma shampouineuse et la tension est palpable. Elle doit avoir les doigts qui s'échauffent sur ma pauvre tête. Elle est, d'après ce que je comprends à lire dans le marc du lustre, la sœur du coiffeur. Je crois saisir également qu'elle préfère s'occuper de mon crâne plutôt que de devoir discuter avec cette famille qui la met mal à l'aise. Je me sens doublement pris en otage et je doute de plus en plus de la capacité de mes cheveux à survivre à ces 20 minutes de massage intensif.

Mais enfin, la porte se referme. Un brusching d'Alzheimer vient de partir se perdre dans la nuit de la ville. Reste cette famille et un intrus, moi. Trois pas me séparent du bac qui m'a torturé le cou jusqu'au siège fatal ; ces pas sont comme le couloir de la mort car je vois le coiffeur avec son ciseau à la main. Il semble très remonté contre son gendre. Il aiguise son coupe choux et son regard est vide. Certains détails de son physique me sautent aux yeux comme jamais : sa tonsure naissante, paradoxe absolu avec ses cheveux longs, sa chemise aux motifs Burbury qui contraste avec les idéogrammes qui y sont dessinés ou encore ses mains étrangement musclées. Il me demande maintenant de poser mon smart-phone, dernier espoir de lancer un SOS. Le rasoir se pose sur mon cou...

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