jeudi 5 novembre 2015

Aujourd'hui, j'ai vu... une âme...

Aujourd'hui, j'ai vu... le paradis

Vous êtes mort. Chute en deux roues. Pas de volontaire pour vous refiler un organe. Maladie. Crise cardiaque. Peu importe le fait générateur, la réalité s'impose, vous êtes mort. Naturellement, vous aspirez au paradis. Il vous a été promis au baptême, à la communion (niveau 1 et niveau 2) et par quelques histoires drôles. Le paradis : son bien-être, sa félicité, ses douceurs, ses plaisirs, la beauté partout... A ce moment précis de l'entre-deux, vous l'attendez avec une pointe d'impatience.
 
Avant d'y être, il faut s'y rendre. Personne ne vous avait prévenu de ce léger contretemps mais il faut faire un petit bout de chemin avant de goûter aux plaisirs du paradis : contourner une tour, remonter une rue, tourner à droite, chercher, sortir l'appli de géolocalisation, vérifier sa réservation...

Enfin, les Portes. Coulissantes s'il vous plaît. Tapis moelleux, escaliers, comptoir d'accueil. Le paradis, ça se mérite. Et pour accéder au nirvana, et même s'il n'y a pas d'attente aujourd'hui (vous avez de la chance, c'est l'heure de midi, connue pour son calme), il faut s'enregistrer : formulaire à signer, carte d'identité, carte bleue de caution, paiement (et oui, qui l'eut cru) et précisions sur le séjour (durée, heure de départ...). Un problème informatique n'est pas à écarter ainsi qu'un défaut de formation du ou de la réceptionniste. Il est donc préférable à cette étape de s'armer d'un peu de patience. Ce qui est largement incompatible avec votre ardent désir de toucher du doigt le confort incommensurable du paradis.

Une fois devant l'ascenseur, il est indispensable de puiser dans ses dernières ressources de patience car l'entretien n'est pas régulier et l'accès sécurisé (on le comprend aisément). La carte fournie est peut-être démagnétisée ou le mécanisme tout simplement hors d'usage. Ainsi bloqué par la technologie, il faut bien l’avouer, vous avez perdu toute capacité à attendre ; vos rêves de bonheur parfait se sont envolés. D’ailleurs, le paradis est-il si extraordinaire ? N'auriez-vous pas été trompé par un marketing tapageur ? Les sirènes de Saint-Pierre n'auraient-elles pas chanté trop fort ? A attendre, vous remarquez aussi qu’il commence à faire légèrement frisquet même si, par définition, la température du sas qui mène au paradis pourrait être, comme lui, idéale. Sans rentrer dans le débat de quelle est la température parfaite entre celle, vers 18°, qui contribue à ne pas empirer le réchauffement climatique et celle, vers 22°, qui vous permet de vous sentir bien lorsque vous pavanez nu chez vous, comment est-il concevable que la température du paradis soit stable alors que le nombre d’âmes y est en constante augmentation ? En effet, on peut considérer que si une âme entre, elle ne sort pas. Par conséquent, la masse du paradis est en augmentation continue. Or, selon la loi de Boyle, si un gaz se dilate, il se refroidit et inversement. Donc, pour que la pression et la température du paradis restent identiques, son volume devrait se dilater proportionnellement à l'entrée des âmes. Si ce n'est pas le cas, il ne reste que deux hypothèses :
-         Soit le paradis se dilate à une vitesse moindre que celle de l'entrée des âmes ; alors, la température et la pression au paradis vont augmenter jusqu’à ce qu’il éclate,
-         Soit le paradis se dilate à une vitesse supérieure à celle de l'entrée des âmes ; alors, la température va diminuer jusqu’à ce que le paradis gèle.

Dans les deux cas, il y a fort à parier que la température idéale, qu’elle soit de 18 ou de 22°, ne puisse être maintenue, transformant le paradis en véritable enfer ! Cette conclusion est dure à digérer car l’ascenseur est enfin arrivé. J'y monte ?

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