lundi 22 septembre 2014

Aujourd'hui, j'ai vu... mon ami le lièvre... et nous avons communié


Aujourd'hui, j'ai vu un lièvre moralisateur


C’est bien connu, les parents sont moralisateurs : « fais attention à toi », « sois prudent », « prends conscience des dangers de ceci de cela »… Mes 10 kilomètres à pied de ce matin et la conversation que j’ai eu hier avec mes enfants ont cependant anéanti ma capacité à donner des leçons de père aujourd’hui.


Je suis parti de bon matin, la fleur au fusil, pour « jogger » dans les bois. Seuls deux dangers, tous relatifs, m’avaient effleuré l’esprit au moment de partir. En première, la brume. Non pas car elle réduit la profondeur de la vision, mais car elle charge les arbres d’eau qui se transforment, à chaque brise, en arrosoirs à coureurs. D’où cette terrible sensation que procurent les énormes gouttes d’eau froide dans le cou. En seconds, les glands, qui ont très souvent la fâcheuse idée de tomber juste au moment où je passe sous les chênes. Après quelques centaines de mètres, les voitures le long du chemin m’ont fait prendre conscience d’un début de commencement d’un nouveau danger : les autres. Un ou deux kilomètres plus tard, une nouvelle série de véhicules avec des stickers évocateurs m’ont convaincu que mes « copains des bois » n’étaient autres que des chasseurs. Un très lointain coup de fusil, sans fleur celui-là, a confirmé ce pressentiment. J’ai simplement décidé de faire demi-tour après avoir aperçu un, puis deux, puis une horde de chasseurs avec leurs chiens. J’ai accéléré au moment où j’ai simultanément vu un lièvre détaler de toutes ses forces et entendu plusieurs coups de feu. Là, je me suis senti en parfaite communion avec ce lièvre ; je crois que le terme exact est symbiose.


Cette poussée d’adrénaline en pleine course m’a rappelé ma conversation de la veille avec mes enfants. Je leur exposais patiemment, et avec rigueur, quels étaient mes souhaits pour ma mort : don d’organe, don à la science, crémation…, j’en passe et des meilleures. Une fois l’ambiance complétement plombée dans le monospace par les considérations classiques sur le bref passage sur terre de nos pauvres consciences, j’ai pu reprendre mon vieux costume de moralisateur en enchainant sur l’utilité du sport et ses vertus préventives. Utilité toute relativisée au moment de communier avec mon ami le lièvre. Morale de l’histoire : il ne faut pas écouter ses parents mais, comme le lièvre, penser à sa mort pour ne rien regretter.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire