dimanche 2 février 2014

Aujourd'hui, j'ai vu... la Justice


Aujourd'hui, j'ai vu... une audience de chambre correctionnelle


Avant toute chose, l'audience d'une chambre correctionnelle au Palais de justice de Paris c'est une ambiance. De celles que l'on a plaisir à regarder dans les vieux Commissaire Moulin avec Bruno Kremer. Mais cette fois, sans Bruno Kremer. C'est une salle de 8 mètres de haut, décorée jusqu'à 2 mètres avec du bois. C'est la représentation de la Justice au dessus du fauteuil du Président ; c'est la pendule gravée LEX ; c'est une Cour un peu endormie ; beaucoup d'avocats ; quelques victimes et quelques prévenus. Et, surtout, une grande danse très solennisée entre tous ces acteurs.


Ensuite, il y a ce que la justice offre et ce qu'elle fait subir. Dans ce qu'elle offre, on y trouve le bruit du grand hall qui raisonne des conversations ; les avocats sont très bavards, surtout entre eux. Dans la salle d'audience, la Justice offre deux grandes fenêtres ouvertes sur la rue qui envoie en continu les coups de klaxons, d'accélérateurs et, aujourd'hui, de trompettes (avec les applaudissements qui vont avec à la fin du récital).


Elle offre aussi un Président avec une très forte personnalité : rappel à l'orde tonitruant des interprètes qui ne sont pas présents quand on a besoin d'eux alors qu'ils sont à la "disposition de la justice et rémunérés pour l'ensemble de l'audience" ; présentation fleurie d'une magistrate américaine stagiaire "autorisée à participer aux délibérations mais sans voix délibérative" ; vitupérations à l'encontre de la Procureur général pour des dossiers arrivés sur le bureau du président seulement 30 minutes avant l'audience avec un nombre de 22 prévenus pour l'après midi pour un maximum théorique de 18 ; invective interrompant la plaidoirie d'une jeune avocate pour un propos mal choisi ("maître, ce n'est jamais par plaisir que l'on envoie quelqu'un en prison, alors choisissez vos termes !").
La Justice offre également au greffier un espace public libre de toute contrainte lui permettant, devant l'ensemble de la Cour et des personnes présentes, de piquer un petit somme à 16h.


Ce que la Justice ne connaît pas c'est l'ampathie : pour les prévenus, pour les professionnels qui la servent, pour le public et pour les forces de l'ordre -totalement transparentes pour le Président- ; un soupçon de compassion, peut être, pour une victime de violences sexuelles ou un multirécidiviste pour lequel seule l'expertise psychiatrique peut sembler une demi solution.


Ce que la justice ne connaît pas ce sont les toilettes récentes et propres. Elle peut être amenée à se prononcer sur la discrimination que représente l'inexistence dans une entreprise de toilettes accessibles dédiés aux hommes d'un côté et aux femmes de l'autre. Par contre, elle ne saurait envisager quelques aménagements pour avoir des toilettes dignes en son sein. À quoi bon une chasse d'eau qui fonctionne, pourquoi un sèche-main en état de marche, quel utilité pour du savon ?


Ce que la justice ne connaît pas ce sont les ordinateurs. 17 affaires à juger sur une après-midi impliquent la gestion de présences nombreuses : prévenus, victimes, témoins, avocats et interprètes. Il est question de nombreux portables volés et de matériel informatique détérioré. Mais pour la gestion des présences et des conclusions des uns et des autres rien ne vaut une bonne vieille liste en papier. Ainsi, chaque changement ou événement imprévu (nombreux sur une après-midi) permet d'organiser un petit conciliabule en milieu de salle pour que chacun actualise son tableau avec son bon vieux Bic.


Dans cette balance du j'offre / je n'offre pas, la Justice a même prévu une sorte de cadeau pour le simple justiciable que je suis : une convocation à 13h30 et une annonce d'un report d'audience... à 18h. Moi qui tente parfois de contribuer à la performance de l'hôpital, je le trouve soudain très bien organisé !

1 commentaire:

  1. pour te consoler, la justice en Inde c'est: tu multiplies tout par 10 et tu ajoutes la corruption!! (et puis on oublie les points de détail)

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