lundi 27 janvier 2014

Aujourd'hui j'ai vu... de fortes capacités de nuisance


Aujourd'hui, dans le train, j'ai vu de la nuisance.

La vie est souvent remplie d’em... Elle nous permet de bondir de déceptions en ruptures, puis de dépressions en regrets. Et pour annihiler toute capacité de résilience, une coalition de blaireaux peut se donner rendez-vous dans un wagon. Précisément le wagon dans lequel RESARAIL, le logiciel qui fait les réservations de trains, a décidé de me placer. Je commence à comprendre pourquoi le nom de SOCRATE (Système offrant à la clientèle des réservations d'affaires et de tourisme en Europe) a été retiré à cet outil informatique ! Il a permis cette concentration de fortes voix décidée, ce soir, à faire fonctionner à plein régime sa capacité de nuisance : ce don magique de ne penser qu’à soi, hurler des banalités pendant 3 heures à son voisin ou encombrer les réseaux téléphoniques pour raconter une journée inintéressante à un conjoint absorbé par la télé à l’autre bout du fil. Aucune des citations ci-dessous n'est inventée ; et elles ont toutes été prononcées assez fort pour être entendues distinctement par mes deux oreilles déjà chaussées avec casque et musique.

Après une heure de trajet, je pensais que le pire était le passage en revue des programmes télé : « mon abonnement me permet d’avoir un bouquet très intéressant » ; « cette série est déjà passée deux fois » ; « si, si, l’actrice blonde, celle qui joue aussi dans Desperate ». C’était sans connaître les deux copains de 50 ans, en pleine résolution de problèmes mathématiques : « c’est lié au Q. » (crié en plain wagon, je n'invente rien),  « c’est comme A, comme S, comme C ! » avec pour réponse « mais non ! », pour entendre, tonitruant, « c’est le taux de possession de stock qui est hyper important » ou : « c’est pas exponentiel, c’est saisonale ».

« La période-average-demande qui donne 1 virgule quelque chose et qui donne un index », les « forcast archi-saisonnalisés », les « il n’y a qu’à écraser ou resaisonaliser » ne m’avaient jamais dérangé pendant les 40 dernières années de ma vie. Ce qui m'a titillé avec ces deux apprentis matheux, c’est leur capacité à se sentir seuls dans un espace meublé d'une cinquantaine fauteuils tous occupés ; cette incroyable capacité d'abstraction totale d'autrui une fois le derrière posé et le manuel ouvert.

Le bruit entrainant le bruit et l'enchère la surenchère, l'homme capable d'étaler pendant une heure son bouquet télé dispose d'une arme sonore secrète face aux matheux en herbe : la télé à tue-tête sur le haut-parleur du téléphone portable ! Je dois être honnête, ça, je ne l'avais jamais vu dans un train et pourtant, je suis plutôt dans la catégorie très grand voyageur.

Heureusement, l’arrêt imprévu du train permet de réduire le bruit de fond du train lancé à 300 à l'heure et de profiter de quelques minutes d’apaisement. Si le silence est d'or, ces quelques minutes sont Fort Knox. Car il reste quand même très important de se saisir de ce petit prétexte du TGV stoppé pour réenclencher le moteur à « grosses conneries » avec des appels aux proches / « allo, le train a 10 minutes de retard… ils régulent le trafic… t’as prévu quoi pour dîner ? »... Il aurait été dommage de ne pas profiter encore pleinement de ces deux tarés matheux qui calculent le temps de réalisation de tâches idiotes : trouver un massicot (15 secondes), découper des feuilles (8 secondes, arrondies à 10 x 200 feuilles), les transporter à l'autre bout du bâtiment (je vais vous frustrer mais avec l'annonce du temps de retard du train, je n'ai pas entendu l'estimation).

Au moins, mon voisin de gauche est silencieux, plongé dans sa lecture. Je soupçonne ses sandales d'être des aspirateurs d'ondes sonores et sa bedaine un mur anti-bruit. Mais la gare approche, enfin. Vivement à la maison pour sortir le massicot et vérifier ces hypothèses de temps !

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